25 mars 2014

L'homosexualité au Mexique : un entretien avec Angel Job


Mon ami AngelJob, artiste et grand photographe de la scène gay mexicaine, a bien voulu m'accorder quelques instants pour cette interview a propos de la situation de l'homosexualité au Mexique. Un grand merci a lui pour toutes ces précisions sur un sujet si complexe dans un pays non moins complexe ou l'on continue de vivre et de bien vivre.  

De manière générale que penses tu de la situation de l'homosexualité au Mexique?
-Elle très divisée, manque de maturité, elle doit trouver sa personnalité, et suit encore des modèles étrangers. Elle manque de tolérance. Ce pays est un très macho.

L'Église est le grand problème de l'homosexualité dans ce pays?
- (Grand sourire) Oui et non. Oui car il y a une éducation très catholique et très traditionnelle. Non parce-que le mexicain n'aime pas suivre les règles,c'est un rebelle, il a du remords ses actes mais il continue de le faire.

  A cote de l'église quel est le poids des préjugés dans les milieux populaires?
- Plusieurs fois, les personnes avec moins de ressources économiques peur de ce que l'Eglise peut dire, encore plus si leur milieu leur dit comment vivre et se conduire. Une vie homosexuelle peut être problématique, les médias, ici ce n'est pas accepté si cela va a l'encontre du moule de la famille


L'étranger on parle beaucoup du Mexique machisme. Le machisme et l'homophobie sont liés

  C'est sur. Le machisme lutte pour une donner une image de cowboys et  mariachis avec beaucoup de femmes et un comportement très viril. Ca devient le rôle a jouer et quand ils voient un gay qui n'entre pas dans ce moule, cela crée de l'homophobie. Y compris avec de nombreuses femmes qui n'aiment pas voir un bel homme efféminé : pour elles c'est du gâchis. Le gay mexicain aime simuler pour d'attirer d'autres hommes, mais si les deux font semblant d'être des machos alors qu'ils efféminés, ici on les appelle des señoritas... (rires)


La marche de la fierté gay fierté au Mexique semble quelque chose de grandiose

 
-Oui elle est géniale (rires) Il y a cinq ans tu pouvez faire toute la marche a pied et tu voyais tout, aujourd'hui c'est impossible. La marche a tellement grandi en si peu de temps... C'est devenu une journée spéciale pour la communauté dans tout le pays. Beaucoup viennent de tout le pays afin de célébrer ici-même et d'autres états ont aussi leurs petites marches ainsi que des semaines culturelles, des fêtes, etc .... On passe vraiment de bons moments !

Le mariage homosexuel au Mexique, au moins dans la ville de Mexico, il s'agit d'une avancée ?
Bien sur. Nous nous nous attendions a ce que le projet soit  avorté mais ne fut pas le cas. Dans quelle mesure il y avait de l'opportunisme politique ? Difficile a dire mais c'est fait. Même si l'idée ne plaît pas a beaucoup. (rires)

Et toi tu vas te marier?
- (Rires) Moi jamais Je suis trop volage pour ça ... Plus sérieusement, on ne sait jamais mais en tous les cas, pas d'enfants.
  On dit qu'au Mexique la bisexualité est un phénomène assez répandu. Est-ce vrai?
- (Surpris) Ces bisexuels dont tu parles sont des homosexuels réprimés. Ils sont forcés a se marier pour plaire a la famille ou pour le travail et quand ils le peuvent ils cherchent de la distraction avec des gays. On dit ici : que faut-il a un buga (gay en argot du milieu) pour devenir gay ? Seulement deux téquilas.
C'est pour cela que la téquila cela serait si populaire?
- Ah non quand même ! Mais ça marche aussi avec deux chelas (bières) et ca marche aussi avec une vodka ou même un ronpope (oeuf battu avec un peu de rhum).(Rires)

Que dire de la situation du VIH et du sida au Mexique?
- C'est une situation alarmante, et même si on ne le croit pas il y a chaque jour de plus en plus de cas d'infection, y compris beaucoup qui ne le savent pas ne savent pas, même si l'on fait très attention. Les lieux de rencontre sont nombreux et pas chers, on te donne des préservatifs et des conseils. Mais il y a presque partout une personne infectée et non seulement dans les lieux de rencontres, alors autant toujours faire attention.
Beaucoup de mes meilleurs amis sont infectés, ont une vie sexuelle et émotionnel saine, bien informée. Nous sommes tous exposés à tout moment... Donc je recommande de toujours faire attention, d'aimer de ne jamais oublier que nous sommes des êtres humains, que chacun fait des erreurs mais a le même droit de vivre, mais chacun d'entre nous choisit le chemin qu'il veut.

Dans le cas d'une relation entre un Mexicain et un étranger on ne peut écarter parfois de l'intérêt?
- écoute c'est pareil qu'entre une fille et un garçon. Il se peut que la relation est pour plus de commodité ou intérêt de l'une des parties, mais ça peut être aussi par amour ou tendresse ou tous les deux, pourquoi ne pas le dire? Bien sûr, il y a de nombreux chichifos, variante de gigolos) mais en général vous le savez et vous mentez à vous-même. Pour la grande majorité
des homosexuels mexicains qui recherchent un étranger, ce qui les intéresse, c'est le côté intellectuel et le choc culturel entre les différentes formes de communication.
Au Mexique les symboles nationaux abondent dans les lieux gays, surtout au moment des vacances, vous êtes fiers d'être Mexicains? En France, il est tout le contraire. Qu'en penses-tu ?
- Le mexicain aime être... mexicain et fait siennes les traditions. Elles ont changé avec le temps  comme la Fête des Morts avec l'influence Halloween, mais il y a encore des symboles forts lors de nombreuses fêtes.
Donc si les gays se réclament de héritage mexicain et célèbrent les fêtes c'est plus une revendication du nationalisme mexicain ou une simple fête quelconque?
- Le mexicain, même homosexuel, est fier d'être mexicain. Il a un conflit intérieur sur ​​ce qui se passe au Mexique, sur la pauvreté, les mauvais politiciens, les mauvaises lois, mais au bout du compte nous aimons toujours beaucoup notre pays et en célébrer ses fêtes.
Enfin, te sens-tu comme  homosexuel au Mexique?
-ça me plaît d'être gay ... Je ne sais pas comment c'est dans d'autres villes, mais ici est spectaculaire, diversifié, créatif et très drôle. (sourire)


En se quittant je demande a Angel son  restaurant préféré.
- Je n'en n'ai pas, seulement les puestos (stands) dans la rue, les petits tacos, les kekas (quesadillas)
C'est le Mexique ...

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